Quand l’envie de bébé devient une obsession
Quand l’envie de bébé devient une obsession
Surmonter son obsession de grossesse

Les problèmes de fécondité peuvent faire naître de terribles sentiments au sein d’un couple : souffrance, jalousie, colère, dévalorisation… La psychanalyste Joëlle Desjardins-Simon, auteure du livre «Les verrous inconscient de la fécondité », nous éclaire sur le sujet.

Pourquoi une femme peut-elle devenir obsédée par la grossesse ?

Aujourd’hui, la contraception a produit l’illusion d’une maîtrise de la fécondité. Quand l’enfant se fait trop attendre, les femmes se sentent coupables, invalides. L’obsession devient une spirale infernale : plus elles ont envie d’un bébé qui ne vient pas, plus elles se sentent mal. Elles ont un besoin urgent de se prouver qu’elles peuvent être enceintes.

Comment cette obsession peut-elle se traduire ?

L’infécondité crée une cassure qu’il faut à tout prix réparer chez ces femmes. Progressivement, toute leur vie tourne autour de ce désir d’enfant et parfois la vie sexuelle se réduit à la part procréative. Les femmes comptent et recomptent les jours éventuels de fécondité, elles se révoltent et deviennent jalouses des autres femmes qui arrivent à tomber enceinte après deux mois d’essai. Le mélange de tous ces sentiments peut produire des tensions au sein du couple.

N’est-ce qu’une question d’infertilité ou une femme en « bonne santé » peut-elle aussi ressentir ce genre d’obsession ?

Ce n’est pas qu’une question d’infertilité. Nous vivons dans une société d’urgence. La grossesse, puis le bébé est comme un nouvel objet de consommation qu’il faut obtenir tout de suite. Or, il faut bien comprendre que la fertilité échappe complètement à nos calculs conscients. Ce genre d’obsession est plus présent chez des couples qui essayent depuis longtemps d’avoir un bébé.
A l’adolescence, il y a parfois des jeunes femmes qui pensent confusément qu’elles auront du mal à procréer. A cette période, elles prennent conscience qu’elles ont pu être blessées, traumatisées par un événement, un deuil, un abandon ou des carences affectives. On n’imagine pas combien devenir mère fait revenir la figure de notre propre mère. Il est primordial de faire le bilan du lien à sa mère pour devenir mère à son tour.

Les proches peuvent-ils aider et comment ?

Honnêtement, non. Les proches sont souvent agaçants, ils disent des phrases toutes faites comme : « n’y pense plus, ça viendra ». Dans ces moments-là, personne ne peut comprendre ce que ressentent ces femmes. Elles se sentent dévalorisées, elles s’invalident en tant que femme et personne. C’est très violent comme sentiment.

Que faire alors quand cette obsession prend de plus en plus de place dans la vie et au sein du couple ?

Le recours, c’est peut-être de parler à quelqu’un d’extérieur, de neutre. Parler en comprenant que, dans ce mouvement de lâcher prise, ça ira mieux. Le but étant de pouvoir revisiter son histoire et mettre des mots sur son vécu. Même si ça prend quelques mois, ce mouvement de parole est bénéfique. Ces femmes se remettent en paix avec elles-mêmes.

Jalousie, colère, tensions… comment lutter contre ses émotions ? Auriez-vous des conseils à donner ?

Malheureusement non, ces émotions qui nous habitent sont totalement involontaires. La société oblige à maîtriser son corps, et, quand ce n’est pas possible, il ne faut pas en dire la souffrance, c’est « interdit » en quelque sorte. En fait, c’est comme si vous étiez un volcan, avec de la lave qui bouillonne, mais que ce volcan ne puisse pas entrer en éruption.


avec Joëlle Desjardins-Simon, psychanalyste et auteure du livre « Les verrous inconscient de la fécondité »
Article publié le 19 octobre 2012 Article mis à jour le 28 novembre 2013
Vos commentaires

6 commentaires
sur "Quand l’envie de bébé devient une obsession"

  • 11h, lun 12 sept. LilacDeVie J'ai attendu plus de 20 ans par choix car psychologiquement j'étais incapable d'envisager d'être maman. Ce n'était pas une question d'être prête ou pas, je n'en voulais absolument pas. Puis tout s'est changé! J'ai changé mon attitude envers les enfants et la famille. J'ai senti le désir de devenir maman mais vu mon âge c'était déjà problématique. Aujourd'hui je commence le traitement de donne d'ovocytes dans la clinique ukrainienne. Mes proches sont avec moi prêts à m'encourager mais parfois ça fait de mal en pis. J'ai parfois du mal à ne pas fondre en larmes devant un bébé ou une échographie; c'est très dure psychologiquement. > Signaler un abus
  • 14h, jeu 08 sept. anonyme Tellement l'envie de bébé était présente, j'ai détruit mon couple sans m'en rendre compte. 2ans1/2 d essai, pour rien, car nous nous séparons à cause de mon obsession involontaire ! Prenez garde ! J'ai tout perdu aujourdhui et je souffre terriblement. > Signaler un abus
  • 10h, sam 19 mars. anonyme Quand on fait une page sur l'infertilité on évite de balancer des pubs sur le suivi de grossesse accompagnées des photos illustrant ce "bonheur"!!!!! > Signaler un abus
  • 09h, jeu 26 fév. anonyme tout a fait d'accord avec vous. Moi aussi, j'ai rencontre dans ma vie les couples infertiles avec le desespoir dans leurs yeux....Pour la France ils sont délinquants qui contreviennent à la loi. Pour les antagonistes de la GPA - ils sont "predateurs".....Personne ne veux voir les simples gens avec le simple desir de devenir papa et mama un jour((Ne juge pas les autres, si tu ne veux pas etre juge! > Signaler un abus
  • 09h, jeu 26 fév. anonyme Etant une membre de plusieurs forums sur la sterilite je peux constater qu'en France il y a un grave probleme qui consiste a la grande quantite de couples infertiles et l'abscence de droit qui permet a donner la chance de devenir parents a eux. Alors, quoi faire dans cette situation?plusieurs d'entre eux s'adressent aux cliniques a l'etranger - a l'Ukraine par example(Biotexcom), ou la GPA est legalisee, paient une somme d'argents moderee et apres la naissance d'un bebe - obtiennent le lesser-passer...Et apres - une question - comment legaliser l'enfant en France? > Signaler un abus
  • 15h, mer 10 sept. anonyme Avez-vous faits les démarches en fertilité??? Vous savez, les miracles existent et plus que vous ne le croyez. J'en suis à ma 2e grossesse "tardive". J'ai un garçon qui aura 4 ans en septembre et je suis enceinte de nouveau ( bébé prévu en novembre) tout cela grâce à des dons d'ovules a la clinique en Ukraine. j'aurai 51 ans dans quelques jours... Je vous encourage donc à aller de l'avant et à persévérer... > Signaler un abus
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