Témoignages : le jour où ils ont su qu'ils attendaient des jumeaux
Témoignages : le jour où ils ont su qu'ils attendaient des jumeaux

Comment ont-ils vécu l'annonce de la grossesse gémellaire ? Commet gèrent-ils le quotidien avec des jumeaux ? Ils nous racontent leur histoire : après la surprise, la vraie vie !

Enceintes de jumeaux, elles nous racontent l'annonce de la nouvelle

Caroline, maman de Romain, 7 ans, Florian et Lucas, 5 ans et demi.

«  A ce moment-là, j’ai 26 ans, je suis maman d’un petit Romain d’un an. Un matin, je me sens fatiguée, sensible… Un drôle de sentiment s’installe en moi. Des questions se mélangent dans ma tête, jusqu’à faire naître une idée : je suis peut-être enceinte. Un test de grossesse plus tard, je découvre avec émoi, anxiété et angoisse que Romain pourtant si petit, aura bientôt un petit frère ou une petite sœur. Je prends rendez-vous chez mon gynéco. Je suis seule ce jour-là, le papa n’a pas pu m’accompagner. Je lui explique la situation et lui dis que je suis super fatiguée, exténuée. Il me propose de passer dans la pièce à côté pour regarder. A ce moment-là, je ne me doute pas une seconde de ce qui va se passer. Je regarde l’écran de l’échographie, je vois un minuscule bébé apparaître, ensuite un flou… Un bébé réapparaît… Puis encore un flou… Et de nouveau un bébé. Je suis amusée. “C’est marrant votre machine, on dirait qu’on passe d’un écran à un autre”, lui dis-je. Mon gynéco baisse les yeux, regarde ses pieds, il bafouille… Il cherche ses mots… Puis il lance en bégayant : “Non, c’est moi qui passe d’un bébé à l’autre.” Nos regards finissent par se croiser. Mes yeux sont pleins d’inquiétude, de crainte, de stupeur. Les siens sont remplis de compassion, de réconfort. Je me rhabille et sors complètement déboussolée. J’appelle le futur père de ces deux nouveaux anges qui changeront notre vie d’ici quelques mois. Il ne décroche pas. Quand j’arrive enfin à l’entendre, je craque, je m’effondre, je suis en larmes. Je parviens finalement à lui crier entre deux sanglots : « Ils sont deux ! Que va-t-on faire ? »
 Il ne dit rien, puis répète “Que va-t-on faire ?” Et une petite voix dans ma tête me dit : “Juste les aimer.”

Mais plus les jours passent, plus un mal-être s’empare de moi. Je suis perdue, déboussolée, je ne fais que pleurer. Cette nouvelle devrait me faire sauter de joie et pourtant, pas le moins du monde, car j’ai peur. Peur de ne pas m’en sortir, peur que tout soit difficile, peur de ne pas trouver assez de temps à consacrer à ces trois enfants, peur de ne pas être une assez bonne mère pour trois garçons. Car nous apprenons qu’il s’agira de deux garçons. A 26 semaines, je suis hospitalisée et je dois rester me reposer jusqu’à la naissance des jumeaux. Et à 33 semaines, un mardi, en pleine nuit, la poche des eaux se rompt. Moi qui étais redevenue sereine, je suis prise d’une immense crainte. Mais mon gynécologue m’assure que tout se passera bien. Et curieusement, je suis rassurée. Florian arrive le premier, suivi à une minute de Lucas. Ils sont en bonne santé, mais sont très petits (1,5 kg et 1,3 kg). Après un séjour d’un mois au service de néonatalité, nous rentrons enfin chez nous.

La guerre commence alors… Des biberons toutes les 2 heures multipliés par deux enfants, deux heures de dodo par jour seulement et tout le quotidien que connaît une femme qui gère beaucoup de choses. Comme toute maman, je deviens un super-héros ! J’avance avec eux, j’apprends à gérer, et de semaine en semaine, la situation évolue. On se débrouille, on vit à 100 à l’heure, mais on s’en sort. Au fil des semaines, Florian et Lucas apprennent et découvrent ensemble. Ils jouent, se disputent, échangent leurs assiettes, s’endorment chacun dans leur lit, mais se réveillent dans le même. Une complicité se crée. Je sens pourtant qu’ils sont terriblement différents, mais je ne comprends pas encore toute l’immensité de cette différence. Florian ne fait que tomber, ne tient pas debout, ne réagit pas quand je l’appelle. Un doute s’installe. A 36 mois, le diagnostic tombe : les médecins nous confirment que Florian est atteint de surdité profonde, qu’il n’entend rien. Tout s’enchaîne, les visites récurrentes à l’hôpital, avec l’ORL, le chirurgien, puis l’opération. Grâce aux progrès de la médecine, Florian entend à l’aide d’implants cochléaires. Pourtant, tout reste difficile. Les écoles nous tournent le dos et nous disent que Florian est trop dur à gérer, qu’elles ne veulent plus l’encadrer. Même en école spécialisée parmi d’autres enfants sourds, il n’est pas à sa place, il reste différent. Florian a alors 4 ans lorsque nous découvrons qu’il est atteint d’autisme.
 Le monde s’effondre une troisième fois. Aujourd’hui, malgré les épreuves, les différences, nous restons forts, toujours unis, essayons de faire les meilleurs choix et de consacrer du temps à chacun de nos enfants pour qu’ils évoluent au mieux, à leur niveau. Nos jumeaux ne suivent pas le même parcours. Le matin, Lucas part à l’école, et Florian à l’hôpital de jour, pour rejoindre d’autres enfants comme lui. Ils sont jumeaux, mais ils sont différents. Mais malgré cette différence, leur lien reste très fort. Ils s’aiment comme des frères, comme des jumeaux ! »

Natacha, maman d’Estéban et d’Enola, 6 ans.

« Lorsque j’ai décidé avec mon conjoint de faire un bébé, je venais d’avoir 25 ans. Trois mois après, j’apprenais que j’étais enceinte. Au bout de 20 jours de grossesse, je me suis rendue aux urgences car je perdais du sang. Le médecin m’annonce que l’œuf est décollé du placenta à 50 %, et qu’il ne peut pas me garantir qu’il va tenir. Il me suggère de me reposer et de le revoir dans 10 jours, pour un contrôle. Au moment de me rhabiller, il m’annonce qu’il y a en fait deux bébés ! ‘‘Pardon ?’’ Je me suis arrêtée net et me suis assise, dépitée. ‘‘Comment le prenez-vous ?’’, demande mon médecin. ‘‘Je ne sais pas, tant pis’’, je bafouille. ‘‘Tant pis ou tant mieux ?’’, insiste-t-il. ‘‘Tant pis, tant mieux, je ne sais pas.’’ En rentrant chez moi, je ne savais pas comment l’annoncer à mon conjoint. Il a été très heureux. Et c’était parti pour neuf mois d’une grossesse parfaite ! Pas de nausées ni de vomissements. Mon accouchement a été déclenché 15 jours avant le terme, ce qui est normal en cas de grossesse gémellaire puisque les placentas vieillissent plus vite et ne jouent pas leur rôle de filtre jusqu’au bout. Le travail a duré 15 heures sous péridurale, malheureusement au moment fatidique, elle ne faisait plus effet. Mon Dieu que ça fait mal ! Ma fille Enola est née le 28 janvier 2010 à 23 h 16. A 23 h 52, Esteban est arrivé. Tout va bien. Mais surtout qu’on ne me dise plus que lorsque le premier est sorti, le deuxième sort tout seul… 

A partir de là, ma vie a radicalement changé. J’ai fait un baby-blues : les trois premiers mois ont été catastrophiques. J’allaitais, je dormais 30 minutes par nuit, c’était dur. Une infection dans la poitrine m’a valu une fièvre pendant deux jours. Mais j’ai tenu le coup. A 3 mois, ils ont enfin fait leurs nuits. Mais je peux dire réellement que je n’ai été contente d’avoir des jumeaux que lorsque j’ai pu retrouver le sommeil. Je me rappelle un matin être allée dans la chambre d’Enola après 6 heures de sommeil consécutif pour la voir me regarder les yeux grand ouverts. Je lui ai dit ‘‘Bonjour ma poupée’’ et je me suis dit ‘‘Ça y est, je me sens heureuse, je suis contente de la voir’’. Les débuts sont très intenses, mais c’est un cap à passer. J’ai tiré mon lait pour qu’on puisse m’aider à les nourrir. Je n’arrivais pas à trouver le plaisir que beaucoup de mamans ont à donner le sein, peut-être parce qu’ils étaient deux. J’ai pris un congé parental de trois ans et heureusement ! A ce jour, ils ont 6 ans, ils sont magnifiques et très différents. Esteban est un gaillard et a une carrure de rugbyman. Enola est une crevette toute fine, une princesse. Ils ont été séparés en moyenne section car Enola se prenait pour sa mère, Esteban ne se débrouillait pas seul quand elle était là. Et la séparation a été bénéfique. Ils vont bientôt entrer en CP… Maintenant, c’est plus cool, ils se lavent et s’habillent seuls. Ils sont autonomes et on peut sortir avec eux sans emporter toute la maison ! Ils sont pleins de tendresse et d’amour. Je suis fière d’être de maman de jumeaux ! Mais quand même, il faut le dire : au début, c’est dur d'avoir des jumeaux. »

Jill, maman de Lucy, 10 ans, Léana, 7 ans, Maude et Zoé, 2 ans et demi, Élyse et Jack, nés le 11 février 2016.

« Après nos deux filles, on a longtemps hésité avant de se décider pour un troisième enfant. Puis je suis tombée enceinte : on a appris qu’il s’agissait de jumelles et ça a été pour moi un réel choc. Je pensais surtout au côté pratique… Les chambres, la voiture, etc. Le papa, lui, était aux anges ! Mais au final, ça s’est très bien passé. Les plus grandes, qui ont 7 et 4 ans de plus, nous ont donné un coup de main pour les plus petites. Et puis, l’année dernière, je suis retombée enceinte, ce qui n’était pas du tout prévu ! J’ai été prise de panique quand on a appris qu’il s’agissait à nouveau de jumeaux ! J’avoue que la pensée de ne pas les garder m’a traversé l’esprit, mais le papa était tellement heureux qu’il m’a rassurée en me disant qu’on pouvait y arriver ! Qui peut dire qu’il a eu la chance d’avoir des jumeaux deux fois de suite ? Autour de nous, les gens pensaient que c’était une blague. Eh bien, non ! Ensuite, on a été littéralement bombardés de questions : ‘‘Vous êtes sûrs de vouloir les garder ?’’, ‘‘Comment allez-vous vous en sortir ?’’… Elyse et Jack sont nés le 11 février dernier. Tout se passe très bien. La clé de la réussite : une bonne organisation, et à chacun ses tâches. Il faut beaucoup d’énergie, et on se demande où on la trouve ! A l’arrivée des jumelles, on était passés d’une voiture cinq places à une six places, et là, on vient d’acheter un véhicule huit places. La seule question que je me pose en ce moment, suite à la naissance des deux derniers faux jumeaux, c’est si je vais pouvoir continuer à travailler à plein-temps… On verra si c’est gérable au moment où je reprendrai le travail, après mon congé maternité. En revanche, heureusement que mon mari et moi sommes soudés, car ce n’est pas évident de se retrouver tous les deux entre tous ces petits monstres… Mais on est fiers de ce qu’on a accompli en quatorze ans de couple, et par-dessus tout, on est fiers de notre famille ! »


Article publié le 14 juin 2016 Article mis à jour le 14 juin 2016
Vos commentaires
404 Not Found

Not Found

The requested URL /var/si-blocks/esi-comment/3/2/9/4/4/full-3294430.html was not found on this server.

Ajouter mon commentaire