Infertilité : quand c'est dans la tête...
Infertilité : quand c'est dans la tête...

En France, environ 1 couple sur 6 consulte pour un problème d'infertilité, et il arrive que les spécialistes ne trouvent aucune explication physiologique à cette incapacité de procréer. Médecins, gynécologues, psychologues, chercheurs et psychanalystes s'interrogent : quels facteurs psychologiques sont suffisamment puissants pour induire un blocage de la maternité ?

Les freins psychologiques à la fertilité

A côté des causes objectives de stérilité, comme les troubles fonctionnels, hormonaux, d'autres obstacles, psychologiques cette fois, bloquent la grossesse. Analyse de ce qu'on appelle l'infertilité inexpliquée.

La médecine de la procréation a fait de tels progrès ces dernières années, qu'on pourrait logiquement s'attendre à une baisse de la stérilité. Or il n'en est rien, selon les récentes études démographiques de l'INED, le taux de stérilité primaire (4 %) n'a pas varié depuis un siècle. Plus étonnant encore, les spécialistes des PMA se trouvent de plus en plus souvent confrontés à des « stérilités énigmatiques ». A l'heure actuelle, 1 cas de stérilité sur 4 reste inexpliqué. L'enfant tant désiré ne vient pas et pourtant les bilans d'infertilité, courbes de températures, examens et analyses sont complètement normaux. Bien embarrassés, les médecins posent alors le diagnostic de « stérilités psychogènes », indiquant par là que l'obstacle qui empêche la femme de devenir mère n'est pas un problème organique mais psychologique. Selon les médecins, les facteurs psychologiques jouent un rôle dans presque toutes les stérilités. Toutefois il existe des stérilités d'origine purement psychologique qui se manifestent par des symptômes variables, comme un trouble de l'ovulation.

Se sentir prête à avoir un bébé

Quels facteurs psychologiques sont suffisamment puissants pour induire un blocage de la maternité ? Avant, la menace de l'enfant était omniprésente, on devait jouer avec le feu, l'enfant arrivait de l'inconnu, du désir sexuel d'un homme et d'une femme et du risque inévitable qu'on avait pris en faisant l'amour. Maintenant, les femmes qui veulent un enfant doivent arrêter de prendre la pilule ou faire enlever un stérilet. Avec la contraception, la responsabilité s'est déplacée du côté de la femme. Ce qui semblait une libération s'est transformé en une charge d'angoisse trop lourde à porter. Consciemment et inconsciemment, des tas de questions se posent : est-ce l'homme qu'il me faut ? Est-ce le bon moment ? Est-ce que je suis prête ? Et si ça tournait mal ? Résultat, ça bloque ! Cette nouvelle liberté, impossible, entraîne un déplacement du moment de la décision jusqu'aux limites du risque d'échec. Les femmes entrent ainsi dans une logique du défi.

La PMA ne peut pas tout résoudre

Depuis la naissance d'Amandine, le premier bébé éprouvette, les médias portent aux nues les réussites spectaculaires de la médecine de la procréation. Grâce aux avancées technologiques, tout devient possible, enfin c'est ce qu'on entend dire partout. Les femmes se fient à la médecine pour déchiffrer leur manque d'enfant, elles veulent trouver des solutions en dehors d'elles, s'en remettant aveuglément au savoir du médecin comme à un hypnotiseur. Convaincues de la toute-puissance médicale, elles s'engagent dans des traitements très lourds, éprouvants pour le corps et pour le psychisme, avec une obsession de la réussite qui freine les résultats. C'est un cercle vicieux.

Vouloir un enfant n’est pas toujours désirer un enfant

L'objectif des médecins, c'est d'aider les couples prêts à donner de l'amour à un enfant à réaliser leur désir. Mais on ne connaît jamais par avance le lien subtil entre une volonté déclarée, consciente, et le désir inconscient que cette volonté semble révéler. Ce n'est pas parce qu'un enfant est programmé, voulu consciemment, qu'il est désiré. Et inversement, ce n'est pas parce qu'un enfant survient sans être programmé qu'il est indésirable. Les médecins qui prennent la demande des femmes au pied de la lettre et qui y répondent, méconnaissent la complexité du psychisme humain. En interrogeant certaines patientes qui demandent des PMA, on s'aperçoit que cette conception d'enfant était impossible. Elles réclament un enfant, mais leur roman familial est tel que faire un enfant est frappé d'interdit. Du coup, la réponse des gynécologues qui proposent une PMA n'est pas adaptée...

Des difficultés avec sa propre mère

Les psys qui se sont penchés sur ces infertilités inexpliquées ont mis en évidence l'importance du lien de la patiente avec sa propre mère. Chaque infertilité est unique, mais dans les enjeux de l'enfantement impossible se rejoue la relation extrêmement précoce que la femme avait avec sa propre mère. Il y a une identification impossible à la mère qu'elle a eue étant bébé, quelque chose de cet ordre-là se serait mal joué ou mal intégré. On retrouve aussi souvent le « fantasme d'interdiction d'enfanter dont telle ou telle femme pense être l'objet, satisfaisant ainsi d'obscurs souhaits venant de sa propre mère de la voir privée d'enfants. », explique le spécialiste de la PMA François Olivennes, qui travaille avec René Frydman. « Mais attention, on a trop tendance à penser qu'il s'agit là de la mère réelle, or, il s'agit de la mère que l'on a dans la tête ! Cela n'est pas dit directement comme ça 'Toi tu n'es pas faite pour avoir des enfants' ou bien « Je ne te vois pas du tout mère ! », c'est à décrypter...

Des accidents de la vie « traumatisants »

Certains facteurs sont récurrents dans les histoires des "stérilités psychogènes", c'est ce qui a frappé le Dr Olivennes dans le cadre de ses consultations. Parfois il y a des signes indirects. Il y a par exemple celle qui vient consulter avec sa mère au lieu de son compagnon, celle qui a perdu un premier enfant dans des conditions tragiques, celle qui a eu une enfance très malheureuse. Ou encore celle dont la mère est morte en couches, celle qui a subi des violences sexuelles, ou encore celle dont la mère lui a décrit l'accouchement comme une épreuve tragique dont elle a failli mourir. Certaines culpabilisent d'avoir fait une interruption de grossesse. On a constaté dans les cas d'infertilité inexpliquée une légère tendance selon laquelle l'homme voudrait l'enfant plus que la femme. La femme n'est plus en position de recevoir l'enfant comme don, comme cadeau, les conditions de sa fécondité sont compromises. Elles se sentent spoliées de leurs vœux d'enfant. Certains évoquent comme cause de l'infécondité psychogène un non-investissement de la fonction paternelle. Mais faire ainsi l'énumération de ces facteurs « déclenchants », de ces traumatismes psychiques est très caricatural car ils ne peuvent absolument pas être sortis de leur contexte ! C'est à chaque femme de trouver sa propre voie vers la levée du blocage.


avec le Dr François Olivennes, gynécologue obstétricien, spécialiste de la PMA
Article publié le 21 juin 2007 Article mis à jour le 20 janvier 2014
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