Le slow parenting pour prendre son temps en famille
Le slow parenting pour prendre son temps en famille

Les parents d’aujourd’hui ont l’impression de courir tout le temps. Du matin au soir, ils enchaînent travail, emmener Jules au judo, faire les courses, récupérer les enfants chez la nounou… Au milieu de ce dédale infernal, les enfants suivent le rythme, tant bien que mal. En réponse à cette course infernale, outre-Atlantique, est né le mouvement du « slow parenting », comprenez « être parents lentement ». Prendre son temps dans sa façon d’être parents permettrait de se recentrer sur l’essentiel, au plus près de sa famille et plus à l’écoute de ses enfants. Explications.

Ralentir le rythme pour mieux profiter de ses enfants

Tout commence avec le succès du livre de Carl Honoré « L’éloge de la lenteur », en 2005. A l’époque, il expliquait que nous allions trop vite, que nous faisions trop de choses. C’est ainsi que le concept du « slow life » apparaît dans tous les domaines de vie du quotidien. Concernant les problématiques liées à la parentalité, l’association américaine « Slow Family Living », orchestrée par Bernadette Noll et la psychologue Carrie Contey, connaît un fort succès ces dernières années. Des ateliers sont proposés aux familles pour apprendre à ralentir le rythme dans leur façon d’éduquer leurs bambins. En France, le sujet émerge doucement, avec en toile de fond, des questions sur la façon dont les parents « sur-occupent » leur enfant. Surnommés « parents hélicoptères », ce sont des hyper-parents, qui veulent le meilleur pour leur enfant et font tout à leur place. Ils finissent d’ailleurs par contrôler leurs moindres faits et gestes, croyant bien faire. Plusieurs spécialistes tirent la sonnette d’alarme. Depuis ces dernières années, des enfants sous pression, dès le CP à 6 ans, arrivent en consultation. Comment faire prendre conscience aux parents qu’il est nécessaire de ralentir tout en restant bienveillant ? Décryptage avec Marie Gervais, spécialiste de l’éducation et auteure du livre « La famille buissonnière », et Patricia Chalon, psychologue, spécialiste de la famille.

Les parents ont font-ils trop ?

« J’ai l’impression de courir tout le temps avec ma fille. En semaine, le soir, je rentre du travail, ensuite j’enchaîne le dîner, le bain, une histoire et je la couche à 21 heures. Avec ma femme, on en parle souvent : ça passe trop vite, on court tout le temps. Le week-end, c’est pire. Si on doit voir des amis ou de la famille, j’ai juste le temps d’aller au parc avec ma fille pour qu’elle se défoule quelques instants », raconte Pierre, papa d’une petite Amandine de 3 ans. « Dépêche-toi », « On y va. Vite », « Il faut partir », les parents sont dans un timing perpétuel, une course contre la montre derrière laquelle les enfants doivent suivre la cadence. C’est ce qu’explique Marie Gervais, auteure du livre « La famille buissonnière ». Elle pointe du doigt notre société du « trop » : on a trop de choses à faire ou à voir, trop de choix, trop d’informations, tout doit aller (trop) vite, on gère trop de rendez-vous. « C’est évident qu’il suffirait qu’un seul parent dise stop pour que ça marche. Le soir, au moment où on se retrouve, l’idéal est d’éteindre les écrans. Cela permet de discuter avec ses enfants, de prendre le temps de préparer le repas et dîner tous ensemble. Cela permet d’ouvrir la discussion, de se recentrer sur soi et ses proches », explique Marie Gervais. C’est également l’avis de Patricia Chalon : « Les parents sont pris dans une spirale. Et leurs enfants aussi. Il faut absolument arriver à mettre des règles avec des moments où on est tous ensemble, loin des écrans », indique-t-elle.

Changer ses habitudes de vie


« Passer du temps à ne rien faire, cela veut dire prévoir d’être ensemble en famille. Et cela fait un bien fou aux enfants », explique Patricia Chalon. En effet, les spécialistes sont formels : complicité et confiance entre parents et enfants se forgent dans ces moments de partage. Elles cimentent le socle familial. C’est aussi l’avis de Caroline, maman de Maëli et Evan, 6 ans. « Je garde toujours deux journées off avec mes enfants dans la semaine. Souvent, il s’agit du mercredi et du dimanche. Nous ne prévoyons rien de spécial. Si pendant ces journées, les enfants ont envie de manger un gâteau, on improvise et on le cuisine. S’ils ne veulent pas aller à leur activité sportive, je le respecte et on reste à la maison. S’il fait beau, on sort se promener. Je m’adapte à ce qu’ils ont envie de faire. Au final, j’ai l’impression de vivre dans le moment présent, et c’est super pour eux ! Je ne les sens pas du tout fatigués le soir. Ils ont un bon rythme », détaille Caroline. La psychologue est d’accord : « Il faudrait que les parents réservent des moments sans que rien ne puisse troubler leur relation avec leur enfant. Pendant le repas familial du soir, par exemple, on s’éloigne de la télé et on écoute ses enfants raconter leur journée », conseille-t-elle. Le week-end devrait être consacré aux enfants. Prendre le temps d’être parent, cela veut dire aussi « se réapproprier le nous, être ensemble avec les enfants. C’est très important pour eux.»

Accepter que l’enfant ne fasse rien

Vivre plus lentement implique de se libérer d’un tas d’habitudes qui rendent dépendants. Avec les enfants, c’est d’autant plus important que cela permet de passer plus de temps avec eux. Patricia Chalon est formelle : « Cela renforce les fondamentaux d’une famille. Les parents et leurs enfants sont plus complices. C’est un temps d’échanges très important pour mieux savoir qui ils sont, et ce qu’ils ont réellement envie de faire », insiste-t-elle. Même son de cloche pour Marie Gervais. « On doit apprendre à écouter ses enfants. Si l’enfant ne veut rien faire, on ne l’oblige pas. Si on part en randonnée, cela ne doit pas devenir une compétition à celui qui marche le plus vite. Au contraire, on s’arrête sur le chemin pour observer les insectes, les fleurs ou les différentes plantes. On prend son temps ! », précise-t-elle. Patricia Chalon explique l’importance de l’ennui qui permet à l’enfant de s’écouter et d’imaginer de nouvelles choses. « Les parents ont souvent besoin de remplir l’emploi du temps de leur enfant en croyant bien faire. A tort. C’est une façon de déculpabiliser le fait qu’ils ne sont pas toujours là pour s’occuper d’eux. Au final, c’est contre-productif », indique la psychologue. « Quand j’ai pris la décision de faire moins de choses, j’allais tout simplement au parc avec mon fils. Il restait assis à écouter le bruit des oiseaux. A la maison, cela lui arrivait de flâner sur le canapé, sans but précis. Au début, ce n’était pas simple. Avec mon mari, on supportait mal qu’il reste sans rien faire. Et finalement, avec le temps, on s’est rendu compte que son imaginaire prenait le dessus. Il a commencé à jouer avec un petit objet, s’inventer des histoires. Cela lui faisait du bien et à nous aussi, parents », explique Marie Gervais.

Plus de temps pour l’essentiel

Dans son livre, elle détaille des conseils dédiés aux parents, notamment à faire à l’extérieur, loin des écrans et des activités minutées, pour redécouvrir ses enfants, en liberté, dans la nature, sans planning, sans programme. « J’ai adopté cette façon de vivre très tôt avec mes enfants. Cela leur offre la possibilité de faire des choses loin de nous. Grimper aux arbres, fouiller les sols, attraper un insecte… il est essentiel que les enfants puissent faire leurs propres expériences, tout en les responsabilisant », détaille-t-elle. Marie Gervais pense qu’il est facile d’imposer des heures dans la journée où les écrans sont interdits, ou alors de mettre tous les téléphones, tablettes et autres appareils électroniques dans une boîte « à gadgets » fermée. Autres possibilités : consacrer une soirée par semaine à faire quelque chose d'agréable et de relaxant en famille. On regarde un film en mangeant du pop-corn, on fait un jeu de société, ou s’amuse à inventer des charades. On peut également encourager les enfants à découvrir le jardin : planter, arroser et nourrir quelque chose de comestible, le suivre et le voir pousser. Enfin, les parents peuvent régler le réveil du matin 10 minutes plus tôt, pour que toute la famille puisse commencer la journée sans se presser. C’est peut-être le secret d’une nouvelle façon d’être parents, plus détendus, plus à l’écoute de nos enfants.


Article publié le 26 avril 2016 Article mis à jour le 20 mai 2016
Vos commentaires

1 commentaire
sur "Le slow parenting pour prendre son temps en famille"

  • 09h, sam 01 oct. anonyme Que c'est vrai tout ca , tout va trop vite : on est capable de dire :vite dépêche toi ! et attend 2 secondes! dans une même phrase à son enfant ! > Signaler un abus
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