L’instinct maternel existe-t-il ?
L’instinct maternel existe-t-il ?

L’instinct maternel existe-t-il réellement ? Cette question fait débat depuis des années dans notre société. Alors ce sentiment est-il inné et comment s’exprime-t-il ? La psychanalyste Myriam Szejer nous expose son point de vue…

L’instinct maternel : inné selon Myriam Szejer

L’instinct maternel : un processus complexe

Maintes fois remis en question, l’instinct maternel fait débat depuis des années dans notre société. Pourquoi ce sujet fascine-t-il tant ? Certainement par manichéisme, à en croire la pédopsychiatre et psychanalyste Myriam Szejer. « C’est une manière d’assimiler, ou non, les Hommes à des animaux. Mais les choses ne sont pas si simples », explique la spécialiste. « Dans la mesure où les êtres humains sont des mammifères, on peut dire que l’instinct maternel existe en chacune d’entre nous. Seulement, il peut être modifié, voire perturbé, du fait que nous sommes des êtres parlants et avons un inconscient. L’instinct maternel s’exprime donc de manière moins stéréotypée que chez les animaux. » Ce processus complexe, qui en fait le prolongement de la grossesse, se construit bien avant la naissance. « Toute femme a une histoire (sa place dans la fratrie, dans l’ordre des générations), et une préhistoire (l’histoire de ses ascendants). Tous ces éléments vont se façonner dans le langage et influer sur la manière dont la jeune maman va accueillir son enfant et dont elle va s’en occuper. En effet, l’instinct maternel se traduit par l’adaptabilité du maternage à la situation. » Si certaines arrivent spontanément à identifier les besoins de leur bébé et à y répondre, pour d’autres femmes, cela se fera plus difficilement, en raison de ce qu’elles ont vécu ou de l’état psychique dans lequel elles se trouvent. Les identifications comptent aussi énormément. « Par exemple, une mère peut vouloir allaiter parce qu’elle l’a elle-même été, parce que les femmes autour d’elles donnent le sein, ou parce que l’allaitement a toujours été valorisé autour d’elle. Ce désir peut aussi survenir chez celles qui n’ont pas été allaitées et qui ont interprété cela comme un manque d’amour ou d’intérêt de leur mère. C’est une manière pour elles de réparer… »
Par ailleurs, chaque naissance étant unique et ayant un sens particulier dans la vie d’une femme, l’instinct maternel s’exprime différemment avec chacun des enfants. Si la mère était la deuxième de sa fratrie, elle aura une relation imprégnée de son histoire avec son cadet qu’elle n’aura pas eue avec l’aîné.

Quand l’instinct maternel est mis à mal

L’hypermédicalisation de la grossesse et de la naissance pourraient bien influer sur le développement de l’instinct maternel, d’après Myriam Szejer. Dans les sociétés industrialisées, il existe des protocoles de puériculture ou médicaux qui peuvent perturber la relation mère-enfant. « Les rituels d’autrefois, moins médicaux, fonctionnaient plutôt bien dans la communauté familiale et culturelle. Et l’instinct maternel s’insérait dans tous ces points de repère. C’est beaucoup plus difficile aujourd’hui. On regarde les enfants comme des objets calibrés. Ce n’est plus simple de développer l’instinct maternel : la médecine peut parfois inquiéter, séparer un père d’une mère et délabrer la relation entre la mère et l’enfant », explique la spécialiste.
Mais la dépression post-partum, qui touche 18 % des jeunes mamans, est l’une des principales causes pouvant entraver le lien mère-enfant. En effet, une femme dépressive aura plus de mal à s’attacher à son enfant, à s’occuper de lui. « Tout est désorganisé par la dépression. Cela ne veut pas dire qu’elle n’a pas d’instinct, ni d’amour. Elle n’arrive tout simplement pas à y avoir accès et à s’adapter, parfois même lorsque l’enfant a été pleinement désiré. Et pour cause, un accouchement difficile, des épisodes traumatiques dans le projet de naissance peuvent perturber le développement de l’instinct maternel. Chez certaines encore, « tout s’écroule devant la responsabilité maternelle », ajoute Myriam Szejer. « La psychanalyse peut parfois aider les jeunes mamans à surmonter ce cap. Mais tout dépend des raisons pour lesquelles ce lien est cassé. »

 

L’instinct maternel en cas d’adoption

Si l’instinct maternel est aussi le prolongement de la grossesse, qu’en est-il chez les mères adoptives ? Comme l’explique Myriam Szejer, cela peut parfois être compliqué. En revanche, si la femme a déjà des enfants, elle pourra naturellement ressentir ce sentiment maternel. Dans le cas contraire, on peut dire que la femme « aimera s’occuper de son enfant ». Néanmoins, selon la psychanalyste, tous les échanges hormonaux comme  le peau à peau influenceront ses comportements et l’aideront à s’adapter.


Article publié le 7 octobre 2014 Article mis à jour le 25 mars 2016
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