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F. Disegni
Dormir avec son bébé est plus répandu qu’on ne le croit. 32% des enfants partageraient plus ou moins régulièrement le lit de leurs parents entre 0 et 6 mois*. Cette pratique fait pourtant débat. A chacun de juger si ce mode de couchage convient à sa propre sensibilité. Le point sur les critères à prendre en compte avant de se décider.
Marion Thuillier
*Résultat d’une étude menée auprès des pédiatres du CHU de Strasbourg par le Pr. Messer et présentée au congrès de la Société française de pédiatrie en juin 2004.
PARENTSLa sécurité de l’enfant
La première raison mise en avant par les détracteurs du co-sleeping est le risque d’accident grave pour le bébé. Les lits pour adultes ne sont en effet pas adaptés aux tout-petits. Ils peuvent chuter, se coincer entre le matelas et la tête de lit, souffrir d’hyperthermie si ils sont trop couverts, etc. Pour parer à tous ces dangers, il existe des berceaux spéciaux pour le co-sleeping qui se fixent sur le lit des parents. Le cas échéant, bannissez les matelas mous qui favorisent l’étouffement, enlevez oreillers, coussins et couvertures, et ajoutez une barrière pour que votre bébé ne tombe pas. L’incidence du sommeil partagé dans les cas de mort subite du nourrisson n’a encore jamais été démontrée par une étude suffisante. Deux facteurs de risque paraissent en revanche évidents : la prise d’alcool et l’absorption de médicaments faisant baisser la vigilance des parents.
Consulter aussi notre dossier « Comment prévenir la mort subite du nourrisson ? »
La pratique de l’allaitement
Le principal avantage du co-sleeping est de favoriser l’allaitement maternel. Le fait de dormir juste à côté de son bébé permet de ne pas avoir à se lever, à aller le chercher dans sa chambre, puis à attendre qu’il se rendorme avant de rejoindre son lit. Il suffit à la mère de se pencher pour donner le sein. Ce n’est même pas la peine d’allumer la lumière et parfois les tétées ont lieu dans un demi-sommeil qui occasionne moins de fatigue. Pas étonnant donc que les mères qui dorment avec leur bébé allaitent plus longtemps que celles qui dorment séparées. Ce mode de couchage est ainsi largement défendu par la Leche League (association consacrée à la promotion de l’allaitement).
Consulter aussi notre dossier « Allaitement mode d’emploi »
La qualité du sommeil de l’enfant
Une grande étude publiée en 2002 dans le Journal of Developmental & Behavioral Pediatrics a constaté qu’il n’existait aucune corrélation entre le co-sleeping et des troubles du sommeil. Partager le sommeil de son bébé lui permettrait d’être plus serein, car rassuré par votre présence à ses côtés, il s’endormirait plus facilement. Pourtant, passées les premières semaines, cette proximité physique peut perturber le sommeil de votre enfant car il perçoit votre respiration, la lumière, les allées et venues de ses parents, même s’il semble dormir profondément.
Consulter aussi notre dossier « L'aider à faire ses nuits »
L’intimité du couple
Passées les premières semaines, la présence du bébé dans le lit conjugal entraîne forcément un manque d’intimité pour le couple. Le co-sleeping peut d’ailleurs servir parfois d’alibi pour éviter la reprise des rapports sexuels après l’accouchement. La plupart des pratiquants du sommeil partagé considèrent qu’il suffit de faire preuve d’un peu d’inventivité pour préserver leur intimité, en choisissant par exemple d’autres cadres que le lit pour leurs ébats amoureux. Mais on peut en douter quand on pense notamment à la fatigue causée habituellement par l’arrivée d’un bébé.
Consulter aussi notre dossier « Quelle sexualité après bébé ? »
L’autonomie de l’enfant
Dormir avec son bébé est tout à fait banal dans de nombreux pays, notamment en Asie, où le sommeil est très souvent partagé à cause de la faible surface des habitations. Mais, ce mode de couchage est moins adapté dans notre société qui valorise la prise d’autonomie dès le plus jeune âge. Nombre de pédiatres et de pédopsychiatres estiment cette habitude nocive à long terme car l’enfant aurait besoin d’avoir son propre territoire pour pouvoir « couper le cordon » et se percevoir comme un individu autonome.
Le bien-être des parents
La motivation des parents pour dormir avec leur enfant est souvent due à l’angoisse. Une inquiétude qui semble tout à fait légitime les premières semaines suivant la naissance. La proximité physique les rassure car ils peuvent ainsi surveiller leur bébé constamment. Cependant, même si partager des moments d’une grande intimité avec son enfant est forcément très agréable, cette situation ne doit pas se prolonger pour garantir l’indépendance de chacun.
L’âge du bébé
Les psychanalystes reprochent au co-sleeping d’entraîner un trouble profond chez l’enfant à cause de ce contact rapproché qui crée une certaine ambiguïté sexuelle. Il est en effet primordial que la proximité physique soit ressentie par votre enfant comme absolument chaste. Les enfants commencent à s’intéresser à tout ce qui a trait à la sexualité assez tôt et entrent dans la période oedipienne dès 18 mois. Mieux vaut donc arrêter la pratique du co-sleeping sans tarder pour poser clairement la frontière entre adultes et enfants.
Consulter aussi notre dossier « L’Œdipe : c’est quoi exactement ? »
La facilité des déplacements
Le co-sleeping peut être un avantage lorsque la famille part en vacances ou rend visite à des amis. En effet, pas besoin de s’embarrasser d’un lit pliant pour bébé, ni d’avoir à le rassurer pour qu’il réussisse à s’endormir dans un endroit inconnu. La présence de ses parents à ses côtés suffit généralement à créer autour de lui un environnement familier pour qu’il s’endorme aussi facilement qu’à l’ordinaire.
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